La thèse des casseurs aura fait long feu outre-Manche. Ce n’est pas faute, pour la coalition de David Cameron, d’avoir fustigé dans tous les médias la violence d’une « minorité d’extrémistes ». Mais la dizaine d’arrestations qui ont suivi la manifestation étudiante du 10 novembre n’a pas réussi à faire oublier les 50000 étudiants et enseignants descendus dans les rues de Londres pour dénoncer la politique du gouvernement.
Quelques semaines après l’annonce par le gouvernement conservateurs libéraux-démocrates d’un budget d’austérité dont même Margaret Thatcher n’aurait pas osé rêver, l’annonce d’une augmentation, jusqu’au triplement dans certains établissements, des frais d’entrée à l’université a mis le feu aux poudres.
Aujourd’hui plafonnés à 3 300 livres (3 800 euros), ils pourraient grimper à 6 000 livres, voire 9 000 (10 600 euros) dans certaines facs d’ici à 2012. Des tarifs exorbitants que les étudiants devraient rembourser lors de leur entrée sur le marché du travail, et qui sont censés compenser les coupes dans le budget des universités (jusqu’à 40 % dans l’enseignement supérieur !) décidées par le gouvernement. « Nous n’acceptons pas l’idée que la prochaine génération devrait payer la facture », a expliqué Aaron Porter, président du Syndicat national des étudiants (NUS) qui a prévenu que la mobilisation ne s’arrêterait pas à la journée du 10 novembre. Ce pourrait bien être le début des ennuis pour le gouvernement de David Cameron, qui fait la sourde oreille et continue dans sa lancée.
Après le plan d’austérité présenté fin octobre qui équivaut à la suppression de 500 000 emplois publics, le ministre du Travail et des Retraites, Iain Duncan Smith, a annoncé « la plus importante réforme du système des allocations depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Le livre blanc qui vient d’être présenté par le gouvernement prévoit un regroupement des aides sociales en une même « allocation universelle », et contient toute une batterie de sanctions contre les chômeurs, censées mettre un terme à la paresse ambiante ! Le projet d’obliger les chômeurs à faire 30 heures par semaine de travail d’intérêt général pendant un mois (jardinage, ramassage de feuilles mortes ou de détritus…) sous peine de perdre leurs allocations avait déjà filtré. On en sait maintenant un peu plus sur le système de sanctions : s’il refuse une offre de travail, un chômeur se verra enlever ses allocations pendant 3 mois ; la punition passera à 6 mois après deux ou trois refus, et à 3 ans s’il en refuse trois. Des sanctions qui auraient un impact social dramatique dans le pays alors que l’allocation chômage ne s’élève déjà qu’à 65 livres (76 euros) par semaine. Sans compter que, selon les chiffres du Bureau international du travail, seuls 1,5 million de chômeurs sur 2,5 millions touchent des allocations. « The Guardian » ne s’y est pas trompé. « Coupes budgétaires : la riposte commence », titrait le quotidien anglais au lendemain des manifestations étudiantes de Londres.
Et le journal de faire mine de s’interroger : « Cette semaine de violentes protestations à Westminster peutelle être simplement rejetée comme le détournement d’une manifestation ordonnée par une « petite minorité » d’anarchistes. Ou sont-elles le signe de choses à venir pour un gouvernement déconnecté de la réalité qui compte 18 millionnaires au sein de son cabinet ? »