Roumanie :
Le plan de rigueur imposé par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne (UE) provoque la colère et la riposte syndicale. La vague de protestation qui déferle sur la Roumanie depuis lundi est provoquée par les mesures « anticrise » élaborées par le gouvernement qui prévoient notamment une réduction de 25% des salaires dans le secteur public, la suppression du 13e mois, de 15% des allocations de chômage, la suppression de plus de 100 000 postes de travail dans la fonction publique dès 2010, sur fond de réduction des dépenses de santé et d’éducation, et une augmentation de la TVA de 19 % à 24%. La crise systémique du capitalisme, a entraîné une chute du PIB de 8% en 2009. Le taux de chômage est passé de 6% en 2008 à 9% en 2009 pour atteindre les 15% en 2010, tandis que l’inflation a dépassé les 5% ! Plus de 80.000 personnes manifestent mercredi 27 octobre à Bucarest en réclamant la démission du gouvernement suite à l’adoption par ce dernier de mesures d’austérité jugées trop rudes, rapportent les médias locaux. Les participants à cette journée d’action envisagent de se rassembler devant le siège du parlement où sera votée une motion de censure contre le gouvernement. Le nombre de grévistes ne cesse d’augmenter. Les syndicats ont annoncé attendre 100.000 personnes. Les manifestants tiennent des panneaux sur lesquels on peut lire des slogans antigouvernementaux.
Grèce :
C’est d’abord en Grèce qu’a été lancée la course à l’austérité européenne. En piste, les institutions de l’UE qui ont mis le pays sous tutelle, le gouvernement, qui défend bec et ongles, « la rigueur », et les syndicats et partis progressistes, déterminés à s’opposer à la « purge » annoncée. De nombreuses grèves générales ont eut lieu depuis février dernier et la mise en place du plan d’austérité dans ce pays. Au menu : le report de deux ans, à soixante-trois ans et demi, de l’âge moyen de départ en retraite, des réductions des salaires des fonctionnaires, des ponctions sur les dépenses sociales, une hausse de la TVA...Du 25 au 29 octobre, c’est au tour du service ferroviaire d’être paralysé par la grève contre la réforme de privatisation menée par le gouvernement social-démocrate (PASOK). Les 7 et 14 novembre prochains les grecs se rendront par ailleurs aux élections régionales et locales dans un climat de défiance vis à vis des mesures catastrophiques du gouvernement au niveau social.
République Tchèque :
Entre 40 000 et 50 000 personnes ont manifesté le 21 octobre dernier à Prague, l’une des plus grosses manifestations depuis 20 ans. Dans le pays, pourtant peu coutumier jusqu’ici des grandes initiatives syndicales et du mouvement social, la résistance populaire s’organise contre le programme de « rigueur » du gouvernement, en particulier sous l’égide des salariés des services et de la fonction publics, particulièrement touchés. Une baisse des salaires de la fonction publique de 10% à 43%, rien moins ! Voilà ce qu’avaient concocté les experts gouvernementaux et qui a fait descendre dans la rue pratiquement toutes les catégories de fonctionnaires, jusqu’aux policiers.
Espagne :
La grève générale du 29 septembre dernier a été un succès et va peser sur les choix économiques et sociaux de l’équipe au pouvoir. Plus de cent cortèges ont sillonné le pays. La participation, très forte, était totale dans certains secteurs industriels. Comme ailleurs, sont visées les mesures déjà décidées telles que la baisse des salaires des fonctionnaires, la réduction de l’investissement public, mais aussi les projets visant à reculer l’âge de la retraite, à supprimer l’aide publique aux chômeurs n’ayant plus de ressources. Mais cette mobilisation elle est aussi le signe d’une évolution, du tout début d’un changement dans le paysage politique espagnol avec la réapparition d’une conflictualité sociale et les prémices d’un débat alternatif aux orientations néolibérales de la droite et du Psoe, qui se sont succédé au pouvoir depuis la chute du franquisme.
Portugal : Grève générale le 24 novembre ; appel à une manifestation le 6 novembre des salariés de la fonction publique ; manifestation le 20 novembre contre l’Otan qui tient son sommet à Lisbonne ; remise le 12 octobre de 20 000 pétitions à l’Assemblée nationale contre la précarité des jeunes à l’initiative de la CGT du Portugal (CGTP) ; nouvelle action le 15 devant le même Parlement là où le premier ministre socialiste José Socrates présente le budget 2011. Ce troisième plan dit de « stabilité et croissance » (PEC) de son mandat prévoit notamment une baisse de 5 % de la masse salariale de la fonction publique, une hausse de deux points de la TVA à 23%, le gel des retraites et la diminution du revenu minimum d’insertion. Au lendemain des grandes manifestations qui ont secoué l’Europe le 29 septembre et qui avaient rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Lisbonne et à Porto, la CGTP a annoncé une grève générale de vingt-quatre heures, largement plébiscitée par une population éreintée par un taux de précarité à 23% et de chômage à 11%. Signe fort du mécontentement croissant, la direction de l’Union générale des travailleurs (UGT), la deuxième centrale syndicale portugaise et proche du Parti socialiste au pouvoir, a dû sous la pression de sa base se joindre à l’appel de la grève. Le 23 janvier prochain auront lieu les elections présidentielles dans un climat de defiance vis à vis du gouvernement.
Italie : La rentrée est chargée en Italie. Le 8 octobre, 300 000 chercheurs, enseignants, lycéens et étudiants sont descendus dans les rues. Le 14, un sit-in était organisé aux alentours de la Chambre des députés à Rome où est discuté un projet de loi sur la recherche. La réforme Gelmini, du nom de la ministre de l’Education du gouvernement Berlusconi, passe mal. Elle prévoit des aménagements pour tout le système scolaire italien : de l’école primaire (cours d’éducation civique, maître d’école unique…) au lycée (renforcement de l’enseignement de l’anglais…). Point d’achoppement : la réforme prévoit une baisse des crédits (7,4 milliards d’euros de moins entre 2009 et 2012) pour l’éducation et des suppressions de postes d’enseignant (87 400 postes d’enseignants et 45 000 emplois administratifs). Les lycéens sont montés au créneau, rejoints par les étudiants qui, eux, protestent contre l’adoption d’une loi rédigée par le ministre de la Fonction publique, Renato Brunetta, et celui du Trésor, Giulio Tremonti. Dans le privé, ce sont les métallurgistes qui mobilisent. Une manifestation de toutes les catégories de travailleurs est prévue pour le 27 novembre par la CGIL, en attendant des actions seront organisées tous les jours par les travailleurs, étudiants et élus locaux.
Irlande : Fidèle aux diktats de Bruxelles, le gouvernement a lancé en 2008 une politique d’austérité. Et ce n’est pas fini, pour revenir dans les normes européennes (3% de déficit) en 2014, la Banque centrale nationale appelle à faire de nouvelles saignées dans les dépenses publiques : non pas 3 mais 4 milliards d’euros. Pour les Irlandais, la politique antisociale a un goût amer. On envisage la fin de la gratuité de l’eau, la privatisation de certaines entreprises publiques. Il y a déjà un prélèvement de 7,5% sur les salaires des fonctionnaires, en attendant d’ultérieures baisses de rémunérations. Certaines retraites ont été diminuées. En septembre 2009, 100 000 Irlandais étaient déjà descendus dans la rue contre les mesures antisociales, à l’appel du Congrès irlandais des syndicats. Le parti de gauche Sinn Féin appelle les Irlandais à manifester le 4 décembre.
Allemagne : En Allemagne, les sidérurgistes ont obtenu, après quelques grèves d’avertissement, 3,6% d’augmentation et l’alignement des rémunérations des intérimaires sur celles des employés permanents, foulant aux pieds la sacro-sainte « modération salariale ». Celle-là même qui était pourtant défendue initialement par la confédération des syndicats allemands (DGB) puisque fruit d’un consensus négocié entre partenaires sociaux. Mais les temps changent. Le même DGB organise aujourd’hui un « automne chaud », multipliant les rendez-vous pour exiger des hausses de salaires ou le rejet du plan de rigueur du gouvernement Merkel, qui affecte d’abord les plus pauvres. Le 26 octobre c’est les cheminots de la compagnie publique Deutsche Bahn, ainsi que chez six compagnies ferroviaires privées qui ont débrayé créant ainsi d’importants arrêts du trafic en signe d’avertissement pour obtenir une grille salariale unique entre public et privé.