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Pour un cadrage national des diplômes

 
 

le 25 février 2015

     
     

    Pour un cadrage budgétaire, scientifique et professionnel des diplômes

    Les étudiants sont prêts à travailler dur pour apprendre et exercer le métier qu'ils ont choisi. Ils veulent un diplôme de qualité qui leur permet d'être compétents dans le monde du travail, et ils veulent s'en servir pour contribuer au progrès professionnel, scientifique et économique du pays. Les « compétences » dont parlent les libéraux, ces mots creux pour habiller la précarité et l'appauvrissement du travail, sont bien loin des compétences dont nous avons réellement besoin. Au-delà même des étudiants, c'est l'ensemble des salariés qui aspire à travailler de manière toujours plus efficace, toujours plus utile, toujours mieux organisée.

    C'est l'ensemble du pays qui aspire à être mieux qualifié et davantage expérimenté. Les défis auxquels nous sommes confrontés, dans les domaines très divers des télécommunications, de la mécanique ou encore de l'enseignement, exigent qu'on réponde à ces aspirations et qu'on permette à tous de développer pleinement leurs talents professionnels. Notre société a besoin, et elle en a les moyens, d'engager la progression de tous les savoirs et de tous les savoirs-faire, de porter chacun d'entre nous à un plus haut niveau de qualification.

    Cette exigence est d'autant plus brûlante que, chaque jour, la créativité, le dévouement et le professionnalisme des salariés montre que la vieille classe dominante a fait son temps. Ils peuvent diriger l'activité économique et organiser leur travail eux-mêmes, mieux que le patronat et ses gouvernements ne le feront jamais, à condition de pouvoir accéder aux qualifications qui leur sont nécessaires dans les domaines du droit, de la politique ou encore de l'encadrement. C'est ce qu'expriment les centaines de milliers de jeunes qui rêvent de « monter leur boîte » après le diplôme, après la période d'intérim, après avoir fait des économies : ils veulent être libres au travail. Les statuts d'auto-entrepreneurs mis en oeuvre depuis quelques années sont là pour piéger cette aspiration démocratique formidable, pour l'enfermer dans l'impuissance et dans les fantasmes individualistes.

    L'enseignement supérieur forme aujourd'hui de plus en plus largement les travailleurs de notre pays : mais il les voue au chômage, aux contrats précaires, au gâchis de leurs compétences. Demain, de manière complémentaire aux institutions de formation continue, aux validations d'acquis de l'expérience, aux concours internes aux entreprises, il doit permettre à chacun d'approfondir ses savoirs et ses savoirs-faire, d'acquérir de nouvelles qualifications, de développer ses talents professionnels. Les réformes récentes empruntent la direction opposée : il faut en sortir pour proposer une politique éducative nouvelle.


    Le cadrage budgétaire

    L'autonomie des universités, y compris dans le cadre des communautés d'universités, ne permet pas à l'enseignement supérieur de proposer les savoirs et les savoirs-faire dont le pays a besoin. Le désengagement de l'État devait laisser la place aux financements des chefs d'entreprise, et permettre une meilleure réponse aux exigences du monde du travail. Les chefs d'entreprise étaient déjà incapables de diriger le monde du travail : ils ont tout naturellement montré qu'ils n'ont rien à apporter non plus à l'enseignement supérieur.

    Les établissements entrent tous en faillite : ils sont contraints de supprimer des filières entières, d'en dégrader d'autres au point qu'elles n'ont plus de sens, de réaliser des coupes dans leurs dispositifs administratifs telles qu'ils s'en retrouvent paralysés. Le retour à la formation est transformé en chemin de croix, parce que les moyens manquent pour accueillir et accompagner correctement les étudiants ; le cas échéant, on leur fait payer de leur poche les coûts supplémentaires. Des territoires entiers deviennent des déserts éducatifs, et dans tout le pays les savoirs et les savoirs-faire stagnent, régressent ou disparaissent.

    Il faut un véritable cadrage budgétaire des diplômes, garantissant que chaque formation du pays ait tous les moyens dont elle a besoin pour accueillir, former et qualifier les étudiants, garantissant également que l'on implante de nouveaux sites et de nouvelles filières partout où il y en a besoin. La nationalisation des établissements privés concurrents aux diplômes nationaux est d'ailleurs un point d'appui pour développer ce service public.

     

    Le cadrage scientifique

    L'autonomie des universités engendre ainsi, de manière naturelle, des diplômes qui ne sont à la hauteur, ni des projets professionnels des étudiants, ni des exigences du pays. Du fait de la pénurie budgétaire, mais aussi parce que la carte des formations court, dans l'espoir de partenariats éventuels, derrière les caprices du patronat régional. On prétend qu'ainsi, elle pourra répondre aux exigences du monde du travail : c'est tout l'inverse. Les UE de « professionnalisation » qui se sont généralisées partout apprennent à écrire des CV ou à faire de l'auto-marketing ; elles ne forment pas au monde du travail, mais à celui du chômage. De plus en plus, on réduit la place de la formation disciplinaire, qui prépare au métier que l'on a choisi, au profit de ces cours qui n'en sont pas. On propose aux étudiants de stagner en-deçà du niveau de compétence qu'ils pourraient atteindre et de la contribution qu'ils pourraient apporter à la fin de leurs études.

    Bien au contraire, les étudiants doivent pouvoir approfondir autant qu'il est nécessaire les questions techniques et scientifiques qu'ils rencontreront dans leur parcours professionnel, y compris dans toute la diversité disciplinaire qu'elles peuvent présenter. Des notions d'informatique sont utiles au physicien, des notions d'histoire sont utiles au sociologue. La grande diversité des courants scientifiques, à commencer par le marxisme, sont utiles à tous : c'est le monopole de certaines écoles qui stérilise aujourd'hui les travaux universitaires.

    Il est temps de proposer à notre pays des formations polytechniques ambitieuses, et cohérentes avec les métiers auxquels elles préparent. La maîtrise de notre travail, c'est d'ailleurs le point de départ de notre émancipation personnelle et collective. Les savoirs et les savoirs-faire qui mettent les étudiants et les salariés aux commandes de leur vie professionnelle, les mettent également aux commandes de leurs loisirs et de leur temps libre, de leurs prises de position politiques, de leurs choix personnels et de leurs engagements.

    De véritables programmes nationaux, encadrant les contenus des cours comme l'organisation des cursus et les méthodes pédagogiques, sont nécessaires pour conduire cet effort. Le cadrage budgétaire des diplômes apparaît ainsi comme le socle incontournable d'un cadrage scientifique nouveau, mettant l'ensemble des étudiants à égalité dans l'excellence.

     

    Le cadrage professionnel

    Après le diplôme, les compétences des étudiants, comme celles de l'ensemble des salariés, sont gaspillées dans le monde du travail, sur des postes où nous ne pouvons pas les mettre pleinement en oeuvre. À force de faire régresser les droits professionnels pour nourrir ses profits, le patronat fait régresser le travail lui-même. C'est ce graphiste qui ne peut pas s'engager dans des projets sérieux parce qu'il est contraint à l’auto-entrepreneuriat et vit de petites commandes. C'est la grande majorité des femmes, engagées et rémunérées en-deçà de leurs savoirs-faire. C'est ce professeur d'histoire contractuel qui ne peut pas préparer des cours de qualité sur l'année. C'est cette ingénieure qui est recrutée sur un poste de technicien, qui ne peut pas mettre en oeuvre les acquis de sa formation et qui se retrouve même incompétente dans un métier qu'elle ne connaît pas. L'embauche dégradée que nous proposent les employeurs nous empêche de mener une vie professionnelle utile, efficace et émancipée.

    Le travail doit être rémunéré pour ce qu'il vaut afin de permettre aux jeunes diplômés, et à chaque salarié de manière générale, de donner la pleine mesure de leurs qualifications. Chaque niveau de diplôme doit être inscrit dans la convention collective nationale interprofessionnelle pour fonder des droits professionnels et des niveaux de salaire précis que l'on enrichit par l'expérience. En effet, ne laissons pas croire que les diplômes, seuls, sont garants de nos qualifications ; l'expérience professionnelle est décisive, et nécessite, pour être acquise dans de bonnes conditions, que l'on mène la bataille en faveur de la sécurité de l'emploi.

    L'inscription des diplômes dans la convention collective nationale interprofessionnelle est du reste un outil décisif pour, à travail et à qualifications égales, rémunérer les femmes à égalité avec leurs collègues masculins et leur permettre d'évoluer normalement dans leur carrière, sans plafonds de verre arbitraires. Le cadrage scientifique des diplômes, garantissant que chaque établissement délivre des formations d'égale qualité, est donc à la base d'un véritable cadrage professionnel des diplômes et de grilles salariales rémunérant le travail à sa juste valeur.

    Évidemment, l'accompagnement personnel des élèves et des étudiants, tout au long de leur scolarité et de leur insertion professionnelle, est essentiel.Un service d'orientation nouveau doit mettre à leur disposition, non seulement les formations correspondant au métier qu'ils envisagent et les stages correspondant à leur formation, mais également les offres à la hauteur de leurs qualifications dans le monde du travail.

     

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