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Pour le progrès des connaissances

 
 

le 25 février 2015

     
     

    Le capitalisme de la connaissance est en crise profonde. Partout où les connaissances progressent, se diffusent, ce sont autant de coups qui lui sont portés. Tandis qu’une masse toujours plus importante de jeunes accède à l’enseignement supérieur et se forme à la maîtrise pleine et entière de l’outil de production, tandis que notre génération pratique la culture pour tous et sans entrave à travers les nouvelles technologies, la propriété privée capitaliste tente de maintenir ses privilèges sur la diffusion des connaissances. Pour que l’enseignement supérieur et la recherche libèrent enfin tout leur potentiel de progrès pour le XXIème siècle, il faut en finir avec le vieux système du XXème siècle !

     

    Des cursus cohérents et continus

    Tout d’abord, il faut répondre aux immenses enjeux de formation de la jeunesse, et ce dans tous les domaines. L’organisation archaïque des filières dans l’enseignement supérieur actuel freine ces ambitions.

    Ainsi selon la Conférence des écoles d’ingénieurs, il faudrait former 10 000 ingénieurs de plus par an en France. Or, les étudiants en IUT qui souhaiteraient poursuivre leur cursus en licence professionnelle ou in fine en école d’ingénieur sont pour beaucoup bloqués dans leurs ambitions de réussite. Des passerelles systématiques entre l'un et l'autre apporteraient un nouveau souffle à l’économie, au monde du travail, aux projets professionnels des étudiants.

    De la même manière, des milliers d’étudiants en sciences humaines et sociales sont chaque année bloqués dans leur cursus car les formations pluridisciplinaires dispensées dans les Instituts d’Etudes Politiques sont soumises à un concours très sélectif… À l'image de toutes les procédures « méritocratiques », ce concours n'est qu'un avatar de la sélection sociale, puisqu'il sanctionne un héritage culturel. Nous proposons d'en finir avec ces vestiges d'un autre temps, tout particulièrement avec le concours d'entrée à l'IEP et avec le concours de la Première Année Commune aux Études de Santé en médecine.

    Ainsi, il est temps de donner toute sa place à un enseignement supérieur cohérent et continu, et notamment à une grande filière technologique à l'université, qui permette à ceux qui le souhaitent de commencer par des formations courtes et qualifiantes puis de poursuivre dans les formations les plus prestigieuses. Pour accompagner cette ambition, il s’agit bien sûr de faire tomber les obstacles sociaux qui pèsent sur les étudiants les plus précaires et leurs familles, et donc de garantir la gratuité de l’enseignement supérieur, quel que soit le niveau d’étude et quelle que soit l'institution. Nous engageons un premier pas sur cette voie, en proposant de ramener les frais d'inscriptions de l'ensemble des écoles et des instituts au niveau de ceux qui sont pratiqués dans les universités.

     

    Les jeunes femmes à l'université

    Il s'agit également d'en finir avec les brimades, les contraintes, les caricatures qui maintiennent des dizaines de milliers de jeunes femmes à l'écart de certains cursus, les écoles d'ingénieur en particulier. L'orientation genrée, qui est l'avatar universitaire de la division genrée du travail, doit être balayée pour libérer toute l'énergie et toutes les ressources du monde du travail. Si cette bataille doit être engagée dès le plus jeune âge, il s'agit là aussi d'abolir les nombreuses barrières disciplinaires qui entravent les parcours universitaires. Par exemple, parmi la majorité de jeunes femmes qui s'engagent en Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), des milliers d'entre elles voudraient prolonger leur premier diplôme dans des études de médecine, mais aucune équivalence, aucune passerelle n'existe, malgré les besoins médicaux croissants de notre pays. Si les stéréotypes sexistes nourrissent l'orientation genrée et la division genrée du travail, ici entre les infirmières et les médecins, elle repose aussi sur des institutions éducatives arbitrairement contraignantes.

    Plus largement, il est insupportable, à l'université comme ailleurs, que les jeunes femmes soient réduites à leur corps ou à leur famille, parce qu'elles sont, dans la division genrée des rôles, au mieux des mères en devenir et au pire des biens meubles dont on peut se permettre d'abuser. Il est essentiel qu'elles trouvent dans l'enseignement, comme l'ensemble des étudiants, les moyens de réaliser leurs choix de vie et de s'impliquer pleinement dans leurs études et dans leurs recherches. Il est essentiel que la naissance d'un enfant ne signe pas la fin d'un cursus, comme c'est souvent le cas, faute de moyens pour l'accueillir dans de bonnes conditions ou faute de temps pour s'en occuper.

    Si les propositions salariales que nous formulons pour l'ensemble des étudiants répondent à une partie du problème, la mise en place de services publics de la petite enfance est incontournable. Il est également essentiel qu'elles soient protégées de toute la cohorte d'agressions sexuelles que l'on rencontre sous des formes diverses dans la communauté universitaire, entre le chantage à la note d'un enseignant, le viol dans une soirée étudiante, ou bien encore le harcèlement conjugal, bien caché derrière la porte du studio en centre-ville. De ce point de vue, nous revendiquons non seulement la mise en place de services publics adaptés, à l'image du Pôle Égalité Hommes-Femmes à Paris 7 ou à Lille 3, mais nous menons également un combat pénal, pour que la justice ait les moyens de faire son travail.

     

    De grands chantiers pour la recherche scientifique

    Ensuite, il faut développer les chantiers de la recherche scientifique afin d’impulser un nouvel élan scientifique et productif pour notre pays. Ainsi, au contraire des théories managériales aliénantes préconisées aujourd’hui, il faut réorienter la recherche en sciences humaines (sociologie, psychologie, sciences de l’éducation…) et lui donner des objectifs de bien-être au travail, de développement des potentialités des personnes afin de mettre l’émancipation humaine au coeur de l’entreprise.

    De la même manière en ce qui concerne les avancées techniques et scientifiques, il faut lever les freins qui pèsent sur leur développement. Freins financiers d’abord, avec les fermetures de laboratoires et les coupes budgétaires dans la recherche privée comme dans les organismes publics de recherche… Freins juridiques aussi, avec le système des brevets qui bloque la coopération entre chercheurs et la diffusion de leurs travaux. Freins idéologiques enfin, qui pour des postulats libéraux, sexistes… empêchent dans de nombreux domaines les chercheurs de progresser.

    De manière générale il est impératif de réinvestir massivement dans la recherche scientifique, notamment pour définir de grandes priorités nationales, mobilisant la coopération des laboratoires à l'échelle du territoire national et répondant aux grands besoins sociaux, sanitaires, industriels ou technologiques auxquels nous sommes confrontés. Les sommes colossales gaspillées en crédits fiscaux labellisés « recherche » doivent être réorientées dans cette perspective. La recherche fondamentale doit être protégée et l’ensemble des champs de recherche doivent être explorés avec comme objectif l’excellence scientifique partout.

    Afin de pourvoir tous les postes nécessaires, il faut aussi encourager les étudiants qui le souhaitent à poursuivre le plus loin possible leurs cursus et à s’engager dans les métiers de la recherche, car il ne faut se priver d’aucun talent. Le statut des jeunes chercheurs doit être requalifié avec un vrai contrat sécurisant ; et les plafonds de verre qui empêchent les femmes d'accéder à certains grades doivent être balayés.

    Enfin, la recherche ne s’exerce pas pour elle-même et doit se mener en lien étroit avec le monde de la production. Le grade « ingénieur » (ou Master 2) permet déjà à des milliers d’étudiants de participer concrètement à la recherche, de faire grandir les connaissances ; mais ce sont aussi des millions de salariés qui chaque jour, réfléchissent concrètement aux moyens de faire avancer leur métier, leurs procédés. Les savoirs ne doivent donc pas être coupés des savoir-faire : on doit pouvoir associer chercheurs, ingénieurs, techniciens, ouvriers afin de réfléchir à la meilleure organisation du travail possible, aux besoins des travailleurs et aux moyens de les satisfaire. Il faut donc rompre avec les politiques actuelles d’inféodation de la recherche au capital afin de pouvoir la mettre en lien avec le monde du travail.

     

    De nouvelles coopérations internationales

    Enfin, il faut bouleverser les rapports entre scientifiques et universitaires au niveau international, qui sont aujourd’hui basés sur des rapports de domination, tout particulièrement, pour ce qui nous concerne, au travers des institutions de l'Union Européenne. Ceux-ci nuisent au développement, au partage des connaissances et à l’émulation des chercheurs. Ainsi, le système absurde des brevets empêche la diffusion de connaissances, de procédés scientifiques ou de contenus culturels. Il est plus que temps d’en finir avec les brevets et d’inventer un système qui puisse rémunérer les chercheurs et les intellectuels tout en permettant la plus large diffusion de leurs travaux.

    Mais plus que de briser ces « droits de passage » moyenâgeux des connaissances, il faut encourager leur diffusion, et partout en France et dans le monde, faire reculer l’ignorance au travers de nouvelles coopérations internationales. Les plateformes d'échange d'articles comme Cairn, doivent être amplifiées. La gratuité des échanges d'ouvrages entre bibliothèques est également essentielle. Ces brevets, du reste, sont bien souvent mis au service de partenariats sanglants, notamment auprès du complexe scientifico-militaire israëlien. Les efforts scientifiques de notre pays et de tous les autres ne doivent pas être tournés vers le bombardement de Gaza, ou de quelque autre région du monde. Ce genre d'arrangements écrase les travaux de recherche bien plus qu'il ne les déploie.

    D’autre part, entre pays riches et pays pauvres s’organise un pillage des cerveaux : selon l’ONU, les pays africains dépenseraient 4 milliards de dollars par an pour compenser le départ de leurs personnels qualifiés à l’étranger. Il faut donc plutôt réfléchir à de nouvelles coopérations internationales qui puissent servir au développement de tous. De ce point de vue, l'expérience ouverte par le Centre Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) est appelée à s'élargir, à se généraliser, à s'approfondir : la libre diffusion de ses travaux, le caractère de coopération internationale qu'il imprime aux recherches scientifiques, et le financement public de son activité lui permettent d'être l'un des premiers centres de recherche au monde. Le lancement de la sonde Philae a illustré plus récemment la force exceptionnelle que la coopération internationale peut conférer à la recherche scientifique.

     

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