MJCF UEC Avant-Garde Facebook Twitter Youtube

UEC

UEC

Un statut social pour les étudiants

 
 

le 25 février 2015

     
     

    Les conditions sociales dans lesquelles vivent les étudiants ne leur permettent pas de réussir leurs études, soit qu'ils se découragent en cours de cursus, soit qu'ils renoncent d'eux-mêmes à certains parcours trop exigeants. Les gouvernements successifs peuvent bien rêver qu'ils porteront 50 % d'une classe d'âge au niveau licence : non seulement les besoins réels du pays en savoirs et en savoirs-faire sont bien plus importants et bien plus profonds, mais surtout, le règne de l'austérité, du profit et de la précarité condamne cet objectif à l'échec.

    D'abord, les coûts conjugués de la vie étudiante, logement en tête, et l'archaïsme du système d'aides sociales, contraignent les 3/4 des étudiants à se salarier en parallèle des études, dont près d'1/3 à temps plein. Il y a, effectivement, de quoi décrocher : on attend des étudiants une double journée de travail qui finit toujours par les laminer, au point que la moitié d'entre eux abandonne dès la première année.

    Ensuite, la rémunération des stages en-deçà du SMIC et du seuil de pauvreté lui-même, ainsi que la non-reconnaissance des années d'études dans le calcul de la retraite, imprime aux parcours universitaires un sentiment de gâchis : c'est autant d'années de salaire et de cotisation qui sont perdues, c'est un sacrifice qui n'a pas de sens, c'est un effort qui ne vaut pas le coup. C'est, parfois, un prêt auquel on souscrit à 20 ans et que l'on rembourse pendant une décennie.

    Enfin, cette situation d'instabilité et de précarité revêt une brutalité particulière pour les étudiants étrangers, soumis à des coûts supplémentaires, aux caprices de Campus-France qui les trie à l'arrivée sur le territoire, à l'arbitraire préfectoral. Cette sélection sociale constante à l'entrée de l'enseignement supérieur et tout au long des cursus, bien qu'elle ne dise jamais son nom, est non seulement injuste, mais elle bouche les perspectives du pays et celles de la jeunesse.

     

    Se loger pour bien travailler

    Du point de vue des coûts, le logement est au coeur du problème : il constitue la moitié du budget, déjà réduit, d'un étudiant. Pour des centaines de milliers d'entre nous, c'est le premier des frais d'inscription, le plus décourageant et le plus pesant. Il faut déménager à proximité du site universitaire de la région pour s'épargner des heures de transport quotidien, pour vivre à proximité des bibliothèques, en un mot pour être disponible dans ses études, et il faut s'acquitter d'une dîme mensuelle de plusieurs centaines d'euros. Les cités universitaires du CROUS sont très loin de corriger cette situation : en quantité elles excluent de fait 93 % des étudiants, en qualité elles ne répondent pas aux besoins du travail universitaire.

    Pour abattre ce droit de passage rétrograde, la nationalisation des résidences privées et la construction de bâtiments nouveaux doit permettre à l'ensemble des jeunes qui le souhaitent d'engager un travail universitaire, à des prix qui ne dépassent pas le montant des APL. Ils doivent aussi, et c'est essentiel, proposer aux étudiants les meilleures conditions d'études : des salles de travail, des connexions internet viables, le confort de la vie quotidienne. Autant d'aspirations qui motivent l'intervention démocratique des étudiants eux-mêmes dans la gestion de leur habitat

     

    La santé n'est pas un luxe

    Contrairement au logement, la santé ne pèse guère sur le budget des étudiants, et pour cause : la grande majorité d'entre nous renonce à se soigner faute de moyens. Un droit de passage, là aussi, dès la rentrée, avec le paiement de l'une ou de l'autre mutuelle, et puis des remboursements qu'il faut attendre plusieurs semaines ; autant de privations qui n'ont plus de sens au XXIe siècle et qui sont un boulet aux pieds des étudiants durant tout leur cursus. Nous proposons d'une part qu'une nouvelle branche de la sécurité sociale vouée à la formation et au retour à la formation rembourse l'ensemble des dépenses de santé à 100 % en tiers-payant, c'est à dire dans des conditions de gratuité pratique. Nous proposons par ailleurs un véritable redéploiement des antennes de la médecine universitaire dans tous les campus de France, qui ne se réduise plus à la présence d'un généraliste et d'un dentiste, mais mette à la disposition des étudiants l'ensemble des personnels médicaux dont ils peuvent avoir besoin. Tout particulièrement, l'accès aux soins gynécologiques, à la contraception et à l'IVG doit être systématique.

     

    Un salaire pour les étudiants

    À tous égards, le système de bourses, qui propose aux étudiants et à leurs familles une allocation complémentaire, est obsolète. Les augmentations en nombre et en montant mises en oeuvre par le gouvernement ne masquent même plus la stagnation dans laquelle nous sommes enfermés. En effet, il faudrait déjà que les étudiants aient des ressources pour qu'on leur propose une allocation complémentaire : ils n'en ont pas, et c'est bien ce qui les voue de plus en plus largement à l'échec.

    Les étudiants se forment pour devenir salariés, fonctionnaires, ou bien encore, depuis les réformes récentes, auto-entrepreneurs... et en réalité ils travaillent déjà. C'est bien ce qu'ils disent, et c'est bien ce que nous disons, lorsqu'ils demandent que les années d'études soient prises en compte dans le calcul de la retraite : le temps d'études, le temps de l'apprentissage, de la révision, de la production de savoirs et de savoirs-faire, fait partie de la vie professionnelle. Il doit être considéré comme tel. C'est bien ce qu'ils disent, lorsqu'ils exigent que leurs stages pédagogiques soient rémunérés à la hauteur de leurs qualifications. Leur formation constitue un travail, utile à la société et au pays. Surtout, c'est bien parce qu'ils ont besoin d'un salaire pour étudier, qu'ils vont en chercher un chez Mac Donald's ou chez Acadomia. Et c'est bien ce que signifie l'interruption prématurée de leurs études, tout particulièrement ces jeunes femmes qui sortent plus tôt du système universitaire pour garantir un salaire à leur couple et permettre à leur conjoint de s'essayer aux plus hauts niveaux de qualification.

    Les étudiants travaillent, mais leur travail n'est pas reconnu. C'est vrai de l'ensemble des étudiants, et ça l'est également des alternants, qui sont payés bien en-deçà du travail qu'ils fournissent. Cette situation nous empêche de nous former, nous met en échec et, avec nous, contraint des branches professionnelles entières à la stagnation. On pense particulièrement aux filières les plus exigeantes, qui ne permettent pas de cumuler la journée de travail universitaire avec une autre journée, dans la restauration, dans les cours à domicile, dans les saisons. Imaginons une seconde que les dispositions sociales de la formation continue soient aussi archaïques : combien de salariés suivraient ces formations, s'ils devaient renoncer à leur salaire, s'ils devaient prendre un petit job en parallèle pour les assumer ? On pense également aux étudiants en reprise d'études, qui sont sommés de choisir entre la poursuite de leur carrière professionnelle et l'approfondissement de leurs qualifications, et qui doivent accepter des sacrifices supplémentaires, des réglements d'exception, des coûts arbitraires.

    Nous voulons attribuer aux étudiants le salaire et les droits professionnels correspondant à leurs qualifications, et il s'agit, non de compenser la pauvreté des familles comme prétendent le faire les bourses, mais de rémunérer un travail. Cette exigence est non seulement possible, mais elle est nécessaire, si nous voulons permettre à chacun d'acquérir le niveau de formation relatif à son projet professionnel, et si nous voulons permettre au pays de répondre aux exigences éducatives qu'il rencontre. Pensons au pré-recrutement des enseignants, qui a été en vigueur jusqu'aux réformes libérales de 1992, et qui proposait un salaire aux enseignants dès leur formation. Il a permis d'envoyer un instituteur dans chaque village, d'apprendre à lire à l'ensemble du pays, de sortir du 19e siècle.

    Nous proposons de généraliser ce dispositif parce que nous voulons entrer de plain-pied dans le XXIe siècle et être à la hauteur des défis dans tous les domaines, de l'industrie mécanique à l'enseignement de l'histoire en passant par le soin aux personnes et la recherche scientifique. L'énergie libérée pour de nouveaux travaux, lorsque les doctorants ne seront plus contraints d'interrompre leurs recherches faute de bourses de thèses, est réellement à la hauteur de l'activité scientifique dont nous avons besoin. Nous voulons également en finir avec le gâchis des compétences des jeunes femmes, en les rémunérant à la hauteur de leurs qualifications dès leur formation, en faisant de l'égalité salariale la norme et non plus l'exception. Du reste, la richesse existe dans notre pays pour répondre à cette exigence, et peut être mobilisée au travers de la nouvelle branche de la sécurité sociale que nous proposons, sur la base de cotisations sociales supplémentaires arrachées au capital.

     

    Sortir les étudiants étrangers de l'arbitraire

    Pour les étudiants étrangers, qui apportent leurs savoirs faire, leurs compétences à l'université et à la société, la carte d'étudiant doit servir de titre de séjour pluriannuel pour la durée totale des études. C'est le rempart face à l'arbitraire préfectoral qui est la norme actuelle.

    De même, ils accomplissent les mêmes efforts que leurs camarades de classe, au service des mêmes exigences : il est absurde de les priver des mêmes droits, et notamment sociaux, comme la rémunération ou le logement. Il est absurde d'ériger des barrières supplémentaires à la conduite de leurs cursus. Ainsi, Campus-France doit cesser de trier les étudiants : s'ils ont les qualifications requises (le niveau baccalauréat), ce genre d'organismes doit se contenter d'aider à l'installation et aux démarches administratives. De même, la circulaire exigeant de leur part un minimum de ressources doit être abrogée pour permettre à tous ceux qui le souhaitent d'engager un cursus en France.

    Enfin, les étudiants étrangers doivent avoir les mêmes droits que l'ensemble des étudiants en matière de réorientation. C'est aujourd'hui la préfecture qui choisit lesquels peuvent se réorienter, et lesquels ne le peuvent pas : l'université doit reprendre la compétence pédagogique ! Pour ce qui concerne leur insertion professionnelle, nous voulons donner les moyens à ceux qui le souhaitent de rester travailler en France ; mais le pillage des cerveaux que notre pays fait subir aux régions du Sud doit cesser, et il est essentiel d'y oeuvrer chaque jour.

     

    Un statut social pour les étudiants

    Notre projet pour les étudiants