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Discours d'Antoine Guerreiro en hommage à Suzanne Djian

 
 

le 11 novembre 2016

 
 

Discours prononcé par Antoine Guerreiro, Secrétaire national de l’UEC, à l’Ancien Cimetière de Montreuil, devant la tombe de Suzanne Djian (1913-1991), résistante, déportée, ancienne dirigeante de l’UEC

 

Monsieur le Maire de Montreuil,

 

Monsieur l’adjoint au Maire délégué à la mémoire,

 

Mesdames et Messieurs les représentants d’associations mémorielles et d’anciens combattants,

 

Mesdames et Messieurs les membres de la famille Djian,

 

Chers amis, chers camarades,

 

C’est un exercice difficile pour un étudiant de 23 ans comme moi, qui a toujours vécu dans un pays en paix et en relative prospérité, que de rendre hommage à Suzanne Djian.

Car rendre hommage à une résistante de la première heure, c’est prendre toute la mesure de ce qu’était l’engagement étudiant de l’époque. C’est prendre conscience de ce que put accomplir aux heures les plus sombres cette jeune femme de 27 ans, mue par la seule force de projet, de cette promesse : une société plus belle et plus juste, où personne n’a à se cacher.

Au sein de la direction parisienne de l’Union des Etudiants et Lycéens Communistes, aux côtés de Cohen, Lescure, Lavallée, Noël, Suzanne organisait l’activité politique quotidienne en direction des étudiants : tracts, journaux, papillons, bouche à oreille…

Cette action est d’autant plus remarquable qu’en 1940, le quotidien c’est la menace permanente. Chaque jour qui passe, la police et l’armée peuvent faucher de nouveaux camarades. Par-là, Suzanne Djian nous rappelle qu’il ne faut jamais renoncer à ses convictions, et qu’il est toujours possible, en toutes occasions, de multiplier la solidarité et l’entraide pour combattre le défaitisme et le repli sur soi. C’est, pour les étudiants de 2016, et particulièrement pour les étudiants communistes, une formidable leçon de militantisme.

 

Combattre le défaitisme, ce fut l’objectif des nombreux étudiants, pas seulement communistes, qui manifestèrent dès le 8 novembre 1940 devant le Collège de France, pour protester contre l’arrestation du professeur Langevin par des soldats allemands le 30 octobre.

Puis ce fut la journée du 11 novembre : depuis plusieurs jours déjà, la radio de Londres mais aussi le PCF avaient lancé des appels à se rassembler devant les monuments aux morts. Devant le succès de la manifestation pour Langevin, et devant l’enthousiasme des étudiants, l’UEC, avec d’autres, décide de lancer un appel au rassemblement sur la place de l’Etoile, pour rendre hommage au soldat inconnu. Des milliers d’étudiants et de lycéens s’y joignent, déposent des bouquets de fleurs, entonnent des chants patriotiques…

La répression ne se fait bien sûr pas attendre. La police française, mais aussi les militaires allemands interviennent avec leurs blindés pour disperser la foule. Il y eut des coups de feu, des blessés, et plusieurs dizaines d’arrestations. Après la manifestation, l’université de Paris est fermée jusqu’aux congés de fin d’année, et le recteur limogé.

 

La manifestation du 11 novembre 1940 nous rappelle un fait important : la résistance active des communistes commence dès les débuts de l’occupation allemande, et non seulement après 1941, comme une certaine historiographie voudrait le laisser croire.

Selon Francis Cohen, dirigeant clandestin de l’UEC, et par la suite journaliste à L’Humanité : « Diverses composantes de ce qui allait devenir la Résistance Nationale s’étaient retrouvées, ou du moins avaient découvert qu’elles avaient quelque chose de fondamental en commun. L’opinion publique a eu la révélation à la fois de l’existence de gens et de groupements prêts à manifester et du véritable visage de la « collaboration » naissante. C’est à juste titre que cette date est restée dans l’histoire comme un jalon capital dans le développement du mouvement de Résistance ».

Le 11 novembre est donc aussi une leçon d’espoir. D’ailleurs, ultime défaite pour ses bourreaux nazis, Suzanne Djian a survécu. Déportée en 1943, elle en revint. Et elle vécut, jusqu’en 1991.

 

Alors que partout dans le monde, des Etats-Unis au Moyen-Orient, de la Turquie à l’Angleterre les forces réactionnaires gagnent en influence et en pouvoir ; alors que des nuages inquiétants s’amoncellent au-dessus de notre pays, ce souvenir du 11 novembre 1940 doit nous rappeler de ne jamais nous emmurer nous-mêmes dans l’impuissance, de ne jamais sous-estimer les forces de progrès, qui sommeillent dans la jeunesse et chez les étudiants… même lorsqu’elles prennent la forme d’un petit groupe d’étudiants de la Sorbonne, diffusant des tracts à la sauvette.

 

Je vous remercie.

 

 

Discours d'Antoine Guerreiro en hommage à Suzanne Djian