Suite au terrible séisme du mardi 12 janvier qui a frappé Haïti, des centaines de milliers de personnes sont décédées auxquelles il faut ajouter des dizaines de milliers de sans-abris (souvent blessés) qui ont tout perdu au cours de cette catastrophe. Face à ce drame sans précédent, de nombreux Etats et ONG sont intervenus pour aider cette île des Caraïbes.
Une catastrophe pas si naturelle que ça…
Cet élan de charité ne doit pas nous faire oublier que si la catastrophe est naturelle, les conséquences sont loin de l’être. Selon le rapport du Bureau des Mines et de l’Energie (BME) de mars 2008, un séisme de grande envergure était attendu. Cela se traduit par la négligence des autorités haïtiennes sur l’ampleur de la catastrophe comme l’atteste les propos d’un responsable de ce même Bureau, Dieuseul Anglade : « Mieux vaut ne pas en parler, il ne faut pas paniquer. Mais ce serait une catastrophe ». Mais les autorités haïtiennes ne sont pas les seules responsables de ce drame. Les institutions internationales et les grandes puissances, de par leur présence dans le pays, ont contribué à cette situation.
Les institutions internationales (banque mondiale, FMI) ont imposé des politiques néolibérales qui n’ont fait qu’accroître la dépendance de cette île des Caraïbes. Pour preuve, Haïti produisait en 1970 80% de sa consommation alimentaire. Elle est désormais dépendante de l’extérieur à 55%. Autres chiffres impressionnants : 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté, 60 % est au chômage. Haïti est d’autant plus dépendante qu’elle souffre du poids de la dette qui lui empêche de faire des choix propres. Ces orientations libérales ont par ailleurs été soutenues, notamment les Etats-Unis qui sont intervenues dans ce pays pour installer des régimes autoritaires dans leur logique d’asservissement des Amériques et ce depuis son indépendance en 1804.
L’Humanitaire, nouveau masque de l’impérialisme ?
L’intervention dite « humanitaire » des grandes puissances de ce monde ne semble donc pas dénuée d’arrières pensés. Elle semble être l’occasion pour ces pays de redorer leur blason et s’implanter dans la région pour des motifs stratégiques. Non seulement les Etats-Unis sont décrédibilisés au niveau international (notamment avec l’envoi de renforts en Afghanistan ou l’échec des négociations de paix au Proche-Orient), mais cette situation est exacerbée dans le continent américain. Cette catastrophe semble être une aubaine pour toutes les puissances, qui sous couvert de générosité, comptent asseoir leur influence dans cette région. En effet, la domination américaine y est en perdition et les alternatives au système capitaliste se font de plus en plus sérieuses. Haïti commence à s’y impliquer en développant notamment des programmes sociaux avec le Venezuela et Cuba dans le cadre de l’ALBA, en opposition aux politiques néo-libérales voulues par Washington. A l’heure où un régime illégitime dirige le Honduras (qui venait d’intégrer l’ALBA) et ce avec le soutien des Etats-Unis, le débarquement de plusieurs milliers de soldats américains pour des motifs humanitaires ne saurait être vu autrement que comme un danger pour la souveraineté et la démocratie en Haïti et plus largement comme une tentative de reprise des affaires régionales par l’Oncle Sam, rappelant ainsi les heures les plus sombres de la guerre froide…
L’élan de solidarité actuel est d’autant plus abject, que les haïtiens sont relégués au rang de spectateurs de la reconstruction de leur pays et qu’ils seraient en plus des hôtes ingrats (scènes de violences, pillages,…). L’aide concrète au peuple haïtien, qui se fait tardive semble reléguée derrière le « show » médiatique et les démonstrations de force des grands Etats.