Mouvement des jeunes communistes
Entretien avec Aymeric Monville, rédacteur en chef adjoint de la Pensée.

UEC : Peux-tu nous présenter rapidement La Pensée, c’est quoi ? C’est une revue universitaire ? Aymeric Monville : Si notre revue a un degré d’exigence universitaire, La Pensée est avant tout une revue pluridisciplinaire, s’adressant aux meilleurs spécialistes d’où qu’ils viennent. Adopter cette approche constitue en fait un manifeste en soi. Cela participe d’un refus d’une certaine division intellectuelle du travail. A la Pensée, nous ne nions pas les spécificités de chaque domaine de la recherche, mais pour autant nous pensons que travailler à partir de plusieurs disciplines permet d’atteindre la « masse critique » nécessaire pour contrer l’idéologie dominante. Pour présenter la revue, il faut aussi dire que la Pensée se positionne comme une revue qui défend un certain rationalisme critique, des Lumières au marxisme contemporain.

UEC : Quand a été créée la Pensée ? A.M : La Pensée a été fondée au printemps 1939 par Paul Langevin, Georges Cogniot et Georges Politzer. Sous-titrée « Revue du rationalisme moderne », elle entendait opposer un rationalisme lucide et fervent face à la menace obscurantiste fasciste qui allait déferler sur le monde. Trois premiers cahiers parurent puis La Pensée parut clandestinement sous le titre La Pensée libre. Plusieurs de ses rédacteurs paieront de leur vie leur engagement : Jacques Decour, Valentin Feldman, Charles Hainchelain, Georges Politzer, Jacques Solomon, Charles Steber. La Pensée reparaît ensuite après la guerre, sans interruption jusqu’à aujourd’hui. L’idée principale de Georges Politzer était que pour lutter contre le nazisme il fallait lutter sur tous les fronts, y compris le front idéologique. Ainsi lorsque Alfred Rosenberg, le « théoricien » du nazisme, prononça sous l’occupation un discours à l’Assemblée nationale, Politzer produisit en retour une réponse cinglante. Dans ce texte on trouve une vive défense des Lumières françaises mais aussi des Lumières allemandes. Cet esprit là, cet esprit de lutte et de résistance est très important pour comprendre la Pensée.

UEC : La Pensée a donc été créée par des membres du Parti Communiste Français, devant la barbarie nazie. Quels sont aujourd’hui ses liens avec le PCF ? Avec les mobilisations sociales ?

A.M : Si elle a été fondée avec l’appui du PCF, elle a néanmoins dès sa création été fondée sur la base de l’indépendance rédactionnelle totale, nécessaire à la vie de la recherche. Ce dont elle a su faire preuve, même aux moments les plus périlleux, par exemple en pleine époque de la théorie des « deux sciences ». Pour ce qui est des mobilisations sociales, nous voulons être présents autant dans le champ théorique que dans les luttes. Par exemple, nous venons de sortir un numéro sur le roman : eh bien, dans ce numéro nous faisons appel à des critiques et à des intellectuels bien sûr, mais également à des acteurs du mouvement de défense des librairies ou de l’édition indépendantes.

UEC : Comment fonctionne la revue ? Par dossier ?

A M : Oui, c’est cela. On y rajoute également une rubrique sur la vie de la recherche, des débats polémiques, des comptes rendu de lectures. Elle sort tous les trois mois. La Pensée est très lue également dans le monde entier, de par un bon réseau d’abonnements.

UEC : Quand sort le prochain numéro ? Y a t-il des numéros que tu pourrais conseiller ? Des numéros qui pourraient intéresser tout particulièrement les étudiants ?

A M : Dans le nouveau numéro que l’on sort sur le roman, il y a un article qui me semble particulièrement intéressant et caractéristique de l’esprit pluridisciplinaire de ce que nous voulons porter, celui de l’historien Pierre Vilar. Cet article, déjà paru en 1992, est un classique du marxisme. Pierre Vilar y fait une analyse de Don Quichotte de Cervantès. Il montre comment ce personnage, universel, est également très ancré dans son siècle, l’Espagne de la crise économique. Pour Vilar l’on peut faire une analogie entre le héros inventé par Cervantès et le personnage tragi-comique de Charlot, apparu lui aussi en pleine crise. Sinon nos prochains numéros concerneront : l’écologie, la crise, les rapports de sexe et de génération, internet, quelles perspectives de civilisation ? etc. Sinon comme nous fonctionnons par thématique, il y a forcément des thèmes qui intéresseront plus certains étudiants que d’autres. La Pensée est en train d’être mise en ligne par la BNF sur son site Gallica. Cela est important car cela veut dire qu’on ne vend pas les archives de notre revue, nous les mettons à disposition du public. Nous trouvons que c’est une honte d’obliger les revues à faire payer les articles en ligne aux étudiants. On a donc tenu à ce que ce soit le service public qui mette notre revue en ligne. C’est une manière pour nous de participer à la défense du service public. Nous avons d’ailleurs consacré un numéro à la numérisation et ses enjeux. Ces articles en ligne, c’est une richesse énorme et je conseille aux étudiants d’y aller.


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