Mouvement des jeunes communistes
Tribune parue dans l’Humanité du 8 décembre :
L’accueil des jeunes enfants, enjeu de société
Aline Louangvannasy, professeure de philosophie, syndicaliste CGT

Et si M. Darcos avait lui-même mis en ligne la fameuse vidéo sur les enseignants et les couches, qui a déclenché récemment une polémique sur la maternelle ? Si on considère la campagne de communication qui se met en place pour préparer l’opinion à la déscolarisation des enfants de deux ans, on peut avancer cette conclusion. En effet, prendre le risque d’agacer une fois de plus les enseignants est bien moins important pour le ministre que de faire passer le message d’une dépense inutile pour le budget de l’État et l’idée qu’une garderie ferait aussi bien l’affaire. Stratégiquement la manoeuvre est habile. Elle consiste à télescoper deux débats bien distincts. Celui sur la scolarisation des deux ans et celui sur le droit de garde bientôt à l’ordre du jour. La logique de la communication gouvernementale semble tenir à deux raisons principales. La première est d’ordre budgétaire. La suppression de la scolarisation des deux ans vise à récupérer dans le premier degré un volume non négligeable de postes afin d’atteindre l’objectif annoncé des 13 500 suppressions pour la rentrée 2009. La seconde tient à l’échéance de 2010 fixée par la Commission européenne, en matière de structures d’accueil pour les jeunes enfants. À cette date, 90 % au moins des enfants âgés de plus de trois ans et le tiers des enfants de moins de trois ans devraient pouvoir trouver une structure d’accueil. La France n’a pas atteint cet objectif. Le rapport Tabarot remis au premier ministre cet été s’inscrit dans ce cadre et l’enjeu est d’autant plus important que Nicolas Sarkozy s’était engagé dans sa campagne à garantir cet accueil par un droit opposable.

Or l’accueil des jeunes enfants constitue effectivement une avancée qu’il faut absolument encourager. Le déséquilibre dans la répartition des tâches domestiques et familiales entre les femmes et les hommes reste encore très marqué. Le coût des dispositifs de garde est un facteur dissuasif qui conduit une proportion trop importante de femmes à choisir l’inactivité ou le travail à temps partiel. La conséquence en est la dépendance économique des femmes, la persistance d’inégalités professionnelles et salariales entre les hommes et les femmes, comme en matière de droits à la retraite.

Développer l’accueil des jeunes enfants constitue un enjeu de société, une condition de l’émancipation économique des femmes et du développement d’un bien-être collectif. La Commission européenne préconise le développement de structures d’accueil diversifiées, de qualité - garantie par le niveau de formation des personnels -, financièrement accessibles à tous, et plus particulièrement aux populations les plus fragilisées. Ce qui définit effectivement une mission de service public.

Le rapport Tabarot reconnaît de son côté que la maternelle est un mode de garde de qualité, et que c’est le mode de garde le moins coûteux pour les finances de l’État. On pourrait donc s’attendre à ce que ce rapport plaide en faveur du développement de l’accueil des deux ans en maternelle. Pas du tout ! Il annonce tout au contraire la disparition de la scolarisation précoce et préconise de créer des « jardins d’éveil » dans les écoles maternelles. L’accueil des enfants de deux ans jusqu’ici gratuit au sein de l’Éducation nationale deviendrait payant. Les communes ayant à charge d’assurer et de garantir ce service. L’accès à ces nouvelles structures devenant inégalitaire, le droit de garde annoncé se révélera de fait un non-droit que beaucoup ne pourront pas se payer. Il faut bien voir que ces options proposées par Mme Tabarot, reprises mot pour mot par les sénateurs UMP Monique Papon et Pierre Martin, martelées dans les médias par Xavier Darcos et Nadine Morano sont essentiellement idéologiques. Car les uns et les autres reconnaissent que la mise en oeuvre de ce dispositif, qui restreindrait les possibilités de choix des parents, coûterait plus cher que de maintenir et améliorer l’accueil des deux ans à la maternelle, tout en développant des dispositifs alternatifs de garde permettant d’accueillir les enfants en dehors des horaires scolaires.

En définitive, l’État choisit de se désengager de l’éducation de la petite enfance, renonçant à un service public de qualité au profit du secteur privé. Il n’y a pas de raison en effet que des opérateurs privés ne s’emparent pas de ce nouveau et juteux marché, d’autant plus que l’Europe est prête à subventionner abondamment ce secteur. On peut penser aussi que les établissements scolaires privés sous contrat maintiendront l’accueil des tout-petits, moins pour le service rendu que comme moyen de scolariser les élèves dans le privé, notamment dans les communes rurales qui ont déjà bien du mal à mettre en place le service minimum d’accueil et qui seront dans l’incapacité de pourvoir à ce nouveau service.


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