Mouvement des jeunes communistes
Retour sur le LMD
La loi LMD, première étape vers l’université néolibérale

Deux logiques qui s’affrontent

A l’échelle de l’Union Européenne, les attaques libérales contre l’enseignement supérieur se sont accélérées en mars 2000 avec le processus de Lisbonne. L’ambition proclamée de celui-ci était de réaliser d’ici 2010 le « plein emploi » et de faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Il a fait l’objet il y a deux ans d’un rapport d’étape de la commission européenne. On peut notamment y lire que « le nombre de jeunes quittant le système scolaire sans qualifications atteint plus de 18% en 2003, 17,2% des jeunes européens âgés de 15 ans ne possèdent pas le minimum de compétences requises -lecture, écriture, calcul- ». Après ce laborieux diagnostic, la Commission avance ses solutions : d’une part, « il est indispensable de maintenir une politique de concurrence forte dans le marché intérieur » ; d’autre part, il faut « manifestement investir plus efficacement, c’est-à-dire identifier les domaines de l’éducation et de la formation qui sont les plus rentables ». Cette politique s’est traduite en France par l’application de la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat respectivement en 3, 5 et 8 années d’études). Avec celle-ci, la formation initiale est mise au service de l’économie libérale pour faire de l’Education un domaine rentable, quitte à abandonner l’idée de la réussite et de l’émancipation de tous les élèves dans leurs parcours personnels. Notre visée pour l’enseignement supérieur est radicalement différente. Nous refusons la marchandisation des savoirs. Nous pensons que le partage de ceux-ci constitue un enjeu majeur pour la société. La révolution informationnelle que le monde connaît aujourd’hui change le rapport au travail, ouvre des perspectives de changement de société. Le développement des nouvelles technologies nous amène à concevoir le mode de coopération entre les chercheurs dans tous les domaines du savoir, entre pays aussi comme un enjeu central pour le progrès humain et non pas comme le voudrait les libéraux en terme de concurrence, pour la rentabilité des capitaux : c’est notamment en cela que peut être mis à mal le système capitaliste et le marché du travail. En effet, une même recherche, un même savoir peuvent être utilisés dans le monde entier. Ils peuvent être partagés, on peut alors partager la production de la recherche en coopérant, et surtout le coût d’une recherche pourrait être d’autant plus partagé et donc réduit par unité de production qu’il y a plus de personnes formées, employées et équipées coopérant pour utiliser cette recherche.

Remarque : Pour notre étude, nous laisserons pour l’instant de côté notre réflexion sur la recherche et nous nous limiterons à l’analyse de l’offre de formation.

La réforme LMD

Nous ne reviendrons pas ici sur la contradiction flagrante entre le but affiché de la réforme Licence-Master-Doctorat (LMD) -la mobilité européenne des étudiants- et la réalité que l’on connaît –le fonctionnement à moyens constants, voire en baisse-. Ce qui nous intéresse, c’est plutôt de mettre en avant les conséquences de cette réforme sur l’offre de formation existante à partir de ce que son application progressive a mis en évidence ces dernières années. On constate sur tout le territoire national, que les filières courtes et spécialisées ainsi que les filières d’excellence ont été favorisées, les unes pour créer une main d’oeuvre bon marché, les autres pour former les futures élites de la nation. Quant aux filières qui ne sont ni générales sur le long terme, ni professionalisantes à court terme, - par exemple les sciences humaines - elles sont reléguées au second plan. Et cela non par désintérêt des étudiants, mais simplement parce qu’elle ne sont pas rentables. Ainsi, d’un côté, on constate un accroissement des inégalités entre universités et entre étudiants, et de l’autre un appauvrissement généralisé des savoirs.

- Un éclatement du cadre national des diplômes qui ouvre la porte à une conccurence généralisée : Avec la réforme LMD, chaque université élabore désormais son offre de formation sans aucun cadrage national et une annexe au diplôme décrit avec précision les résultats obtenus par l’étudiant. Ainsi, la valeur des diplômes d’un même domaine est très différente d’une université à une autre et la conccurence entre les individus est renforcée. De ce fait, la reconnaissance de la valeur d’un diplôme est de plus en plus laissée à la subjectivité de l’employeur lorsque l’on se présente sur le marché du travail. Si on ne peut pas nier que les diplômes de certaines universités étaient déjà reconnus comme supérieurs à d’autres avant l’application du LMD, nul doute que les inégalités dans l’accès à l’emploi vont se creuser.

- Un renforcement de la sélection qui conduit à un enseignement supérieur à deux vitesses : La mise en place du contrôle continu obligatoire, la fin de la compensation annuelle des notes, la suppression de la session de rattrapage de septembre, le recrutement sur dossier pour certains parcours dans les cursus dès la première année et l’instauration généralisée de la sélection au niveau du Master 1 ont clairement accrue la sélection dans l’enseignement supérieur. La volonté est bien ici de mettre en place de réelles “filières d’excellence”. Face à celles-ci, nombre de filières professionnelles font de plus en plus office de porte de sortie prématurée du supérieur pour les élèves en difficulté. L’orientation vers ces filières est rarement volontaire et souvent mal vécue par des étudiants mal informés. On leur promet une entrée rapide sur le marché du travail et un niveau de rémunération correcte. Mais même lorsque ces étudiants trouvent un boulot à la sortie de leur cursus, leur reconversion dans le monde du travail tout au long de leur vie est compromise par leur manque de formation initiale ou leur trop grande spécialisation.

- Une recherche de la rentabilité maximum qui se traduit par un appauvrissement des savoirs : Face à la stagnation des ressources de l’enseignement supérieur et face à la concentration des fonds sur les filières d’excellence, ce sont des dizaines de filières qui vont être supprimées ou disposer de moyens insuffisants à leur fonctionnement et à leur développement. Lettres, Arts, Histoire, Sciences Humaines, Sociologie, Sport, etc... tous ces domaines ne sont pas rentables et ce qui n’est pas rentable n’a pas toute sa place dans le projet libéral de réforme de l’enseignement supérieur. Ici encore, quel formidable gâchis que de négliger des pans entiers de notre culture. Ce choix aura d’importantes conséquences car comment exprimer notre regard sur le monde si les mots nous sont enlevés et les arts sacrifiés, comment progresser et comprendre l’autre si l’on ne connaît pas l’Histoire et comment vivre mieux en société si nous ne nous penchons pas sur la nature des rapports humains ?

- Un désengagement financier de l’Etat qui laisse présager une future privatisation : Rappelons déjà que la création autorisée il y a 3 ans de “Services d’Activités Industrielles et Commerciales” dans les universités, services permettant le financement de certaines activités par des entreprises, était un premier signe de l’orientation que prenait le système de financement. Avec la réforme LMD, les filières d’excellence qui se développent demandent des moyens financiers importants, et étant donné le désengagement financier de l’Etat, c’est à une privatisation larvée de l’enseignement supérieur à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. Pour faire face à la situation, les universités n’hésitent plus aujourd’hui a pratiquer des frais d’inscriptions illégaux et particulièrement élevés (jusqu’à 3500 euros pour un master de l’université d’Aix-Marseille).

Ainsi, on constate que cette réforme au lieu de tenir une promesse faite a la jeunesse datant maintenant de deux decennies - la démocratisation de l’enseignement supérieur -, engage un processus qui vide la notion de service public de son contenu – “l’élitisation” de l’enseignement supérieur –. A court terme le LMD renforce les inégalités non pas d’accès au supérieur mais dans le supérieur lui-même et à long terme (suivi de la réforme de financement qui l’accompagne, dite de l’autonomie des universités) il signera la fin de la massification de celui-ci et donc a fortiori de sa démocratisation.

Propositions pour un nouveau système de formation

La réforme LMD s’est faite sans les citoyens. Ayant été adoptée par décrets et arrêtés, jamais les acteurs du système éducatif, pourtant en premier lieu concernés par cette réforme n’ont été consultés, alors que celle-ci a boulversé l’offre de formation. Nous refusons cette façon de faire de la politique. Nous ne penseons pas que celle-ci est le domaine réservé de soi-disant experts et nous parions sur l’intelligence collective pour élaborer un projet qui fasse de l’enseignement supérieur de demain, un véritable service public. A partir de l’enjeu de la formation que nous avons identifié, nous réclamons avant toute chose un débat national sur l’enseignement supérieur du XXIème siècle qui associerait tout les acteurs concernés : étudiants, chercheurs, enseignant-chercheurs, personnels... Le débat déboucherait sur une réforme qui, poursuivant l’objectif d’un progrès de l’humanité toute entière, réponde aux besoins de formation de notre époque, et donc à la necessaire démocratisation de celle-ci. Il se fixerait comme condition inaliénable, l’épanouissement des individus dans leur formation, et donc la sécurisation de leur parcours de vie. Dans ce cadre, nous versons les propositions suivantes au débat :

1) L’instauration d’un cadrage national de l’offre de formation en conservant la structure en 3-5-8 pour obtenir des garanties quant aux qualifications assurées par les formations. De plus, nous proposons de :
- Elaborer un plan d’implantation de nouveaux établissements supérieurs en province et en périphérie des grandes villes, pour réduire les inégalités d’accès sur le territoire, notamment en premier cycle.
- Développer la mobilité des étudiants, nationale, européenne et internationale, en mettant en cohérance l’offre de formation des différentes universités et en créant les bourses de mobilités en nombre et en montant suffisant à l’égalité de traitement des demandes des étudiants.

2) La supression de tout dispositif de sélection pour que chaque étudiant qui réussisse ses examens ait sans autre condition le droit de poursuivre ses études.

3) La mise en place d’un programme pluriannuel de création de postes d’enseignants répondant aux besoins spécifiques des différentes filières pour améliorer les conditions d’étude des étudiants.

4) La création dans chaque établissement d’une Maison de l’Information et de l’Orientation pour rétablir une égalité d’accès à l’information et permettre aux étudiants d’élaborer leur projet d’étude.


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