« Le Capitalisme a changé de base, il n’est plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de l’information » (J.Lojkine). Qu’est ce qui est bouleversé avec ce nouveau capitalisme au point que nous puissions pertinemment parler de révolution informationnelle ? (NB : Cela ne veut pas dire que le capitalisme industriel soit mort, il n’est plus « la base » par contre.) L’information est ce que l’on appel un bien collectif ou un bien non-rival, son usage par un agent économique ne réduit pas son accessibilité pour un autre, on peut la partager à l’infini, tout le monde la possèdera toujours pour lui-même. C’est un bien intrinsèquement différent des marchandises « objets » de par cette opportunité de partage qui s’oppose à la logique concurrentielle. Pour comprendre la révolution informationnelle on peut partir de l’analyse de Marx de la révolution industrielle qui était pour lui un remplacement de la main qui manie l’outil par la machine-outil. Dans la révolution informationnelle, il y’a remplacement par des moyens matériels de certaine opérations du cerveau, d’opérations informationnelles, comme avec les ordinateurs. Pour la production les informations deviennent de plus en plus importantes, avec la recherche, la formation, les études de marché etc. Cette révolution informationnelle requière des compétences nouvelles et de ce fait le développement des capacités humaines ainsi que des investissements dans la recherche et le développement. L’information est désormais devenu une « marchandise » de plus en plus déterminante alors que l’efficacité informationnelle s’oppose justement à cette logique marchande, d’où l’apparition de nouvelles contradictions au sein du capitalisme. Au plan économique, ce qui est changé avec la révolution informationnelle, c’est que si la révolution industrielle est liée à l’échange, au marché, l’autre implique des partages à l’échelle de l’humanité. Il y’a contradiction entre la logique marchande issue de la révolution industrielle et la logique non-marchande (de partage et de coopération) qui gouverne l’efficacité de la révolution informationnelle et de la production de service. La circulation de l’information peut par exemple conduire à son enrichissement et à son amélioration en passant « de main en main » (actualisations de banques de données, informations scientifiques analysées par diverses personnes, corrections de votre part de cette fiche technique…), alors sa monopolisation selon la logique marchande devient un obstacle. Un autre exemple de cette contradiction c’est qu’actuellement ce n’est pas le volume des informations qui compte (comme c’est le cas dans les critères industriels), mais bien son sens, autrement dit sa réduction par la synthèse, par notre capacité à traiter le flux énorme des informations qui nous assaille (croissant avec cette révolution informationnelle). L’efficacité informationnelle consiste non pas à maximiser le volume d’information, à les accumuler comme le voudrait la logique capitaliste industrielle, mais à en faire une sélection intelligente et à les partager. Rajoutons que la révolution informationnelle nécessite des travailleurs qualifiés, il y’a un de plus un besoin impérieux d’une place nouvelle du salarié dans son entreprise (nouveaux pouvoirs) et dans la société globale. Aujourd’hui les investissements pour les hommes (comme la formation) doivent primer sur les dépenses pour les machines censées les remplacer. Les anciens modes de calcul de la productivité (ceux de la révolution industrielle) deviennent absurdes, il ne s’agit plus de diminuer le coût du travail mais d’investir dans les capacités humaines ainsi que dans la recherche et le développement. Avec ce bouleversement technologique, apparaît une contradiction entre les forces productives (Nouvelle Technologies de l’Information et de la Communication) et les rapports sociaux de production (place du salarié dans l’entreprise et la société, manque d’investissements humains). A cette contradiction s’en ajoute une autre, celle des critères de rentabilité financière dont l’importance devient aujourd’hui croissante avec le développement du Capitalisme Financier. On observe une priorité au financement des profits (les dividendes des actionnaires par exemple) contre l’emploi productif ce qui va favoriser la croissance financière au détriment de l’investissement productif dans les capacités humaines. Ici, encore et toujours domine une logique marchande alors qu’il conviendrait de partager les coûts et des ressources. Le système capitaliste va récupérer le besoin de partage en la traitant via des fusions-acquisitions et le développement de société privées multinationales pour partager les coûts de recherche et développement. La société de non-partage récupère le partage avec une rivalité et une concurrence relancée entre entreprises monopolistes et une mise en concurrence des salariés du monde entier au lieu d’un partage des richesses et des informations. Cette récupération capitaliste conduit à une inefficacité informationnelle qui est en cause dans la crise actuelle du capitalisme. D’où la nécessité d’un dépassement pour une autre civilisation de partage et d’inter-activité. « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun »(P.Boccara). Cette nécessité d’un partage pose la question du dépassement des marchés avec le projet de Sécurité d’Emploi ou de Formation. L’impossibilité du capitalisme a dégager les moyens nécessaires (financement, coopération…) pour la recherche et développement et les capacités humaines nécessite le dépassement des logiques financières par la mise en place d’un crédit bonifié et de nouvelles formations pour les travailleurs. Outre la possibilité d’un dépassement du système économique actuelle, cette révolution informationnelle ouvre aussi de nouvelles perspectives au niveau anthroponomique.
Pour plus d’information sur la révolution informationnelle et pour la formation militante en générale, je recommande vivement la consultation des revues suivantes : Economie et Politique, La Pensée et Actuel Marx ainsi que les ouvrages ou articles divers de P.Boccara ou J.Lojkine (notamment La révolution informationnelle, PUF, 1992, J.Lojkine)