Le contexte actuel dans lequel nous débattons des migrations est celui du capitalisme mondialisé en proie à une crise financière, à une crise économique (récession), à la lutte pour l’hégémonie, au prix des guerres s’il le faut, c’est le retour brutal des guerres.
Dans ce monde là, « les eaux glacées du calcul égoïste », les humains ne comptent pas. Le capitalisme provoque la crise des sub-primes et son cortège de ses abus ? qu’ à cela ne tienne, les spéculateurs se ruent sur les céréales et aggravent la crise alimentaire, c’est à dire la misère et la pauvreté dans des pays étouffés par la dette.
Première idée force : c’est le capitalisme qui produit les migrations, sa mondialisation et ses crises amplifient les migrations liées à la misère et aux guerres. Jamais les frontières n’ont été aussi ouvertes et libres pour les capitaux et les marchandises, et jamais elles n’ont été aussi fermées, verrouillées pour les humains, sauf pour ceux dont le capitalisme mondialisé a besoin pour ses créneaux de rentabilité financière et ses profits : c’est ce qu’on appelle l’immigration choisie. C’est la directive de la honte adoptée par le parlement européen et c’est la politique de Sarkozy dans l’union européenne avec son pacte sur l’immigration et l’asile qui limite les régularisations et augmente les reconduites à la frontière. Il y a des réalités et des données qu’il faut avoir en tête en permanence, parce qu’elles caractérisent ce que Jean Ziegler appelle « l’empire de la honte ». Les 500 plus puissantes sociétés transnationales contrôlent 52% du P.M.B.
Toutes les 5 secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Et les inégalités s’accroissent au Nord comme au Sud : il y a de plus en plus de pauvres (et de riches) dans les pays riches et il y a de plus en plus de riches (et de pauvres) dans les pays pauvres.
Cela m’amène à ma deuxième idée force : la question des migrations doit être une des questions clés de la construction d’un nouvel internationalisme pour combattre et dépasser le capitalisme mondialisé.
Aujourd’hui dans une perspective de développement humain durable, tous les êtres humains, au-delà de leur lieux de naissance, devraient pouvoir à la fois vivre et travailler là où ils sont nés, et se déplacer dans le monde, pas seulement pour pouvoir survivre ou chercher un travail, mais aussi pour échanger, se cultiver, découvrir.
Comment y parvenir ? En impulsant partout du local au mondial, l’intervention de la participation du peuple, des citoyens à toutes les décisions qui les concernent ce que j’appelle moi la démocratie participative, en réformant profondément toutes les institutions représentatives. Pour changer les politiques de développement, pour construire une nouvelle mondialisation, humaine, solidaire, écologiste, fondée sur la coopération. Ces deux conditions démocratie moderne et développement social et humain sont valables à la fois pour changer la société en France et pour changer le monde.
Notre combat ne peut être uniquement local et national. Il doit forcement être aussi européen et mondial et ce tous les jours sur tous les sujets. Car c’est comme ça que le vivent nos concitoyens.
Dans migrations, il y a immigration et il y a émigration. Changer ces politiques passe donc par un combat commun des peuples. C’est pourquoi le combat des sans papiers a un tel retentissement, parce qu’il se politise, il montre la nécessité de l’intervention directe des citoyens et des peuples, parce qu’il résiste à la politique actuelle de migrations des dirigeants du monde capitaliste et qu’il pose la question d’une autre politique, d’une autre mondialisation.
Et aujourd’hui, on ne peut plus raisonner changements politiques uniquement en termes de politique nationale des Etats et de politique des institutions internationales. Le changement de ces politiques passe par le changement de LA POLITIQUE, ou plutôt des manières de faire de la politique, sans c’est à dire contre ou avec les peuples. La participation des citoyens, des peuples est en train de devenir une exigence mondiale, dans des formes et des réalités évidemment très diverses c’est devenu une question incontournable dans un monde politique et institutionnel qui ne sait pas trop comment répondre à cette exigence qui essaie de la contourner, de la détourner mais qui pour ce qui concerne les dirigeants du capitalisme a plutôt tendance à lui tourner le dos et à l’étouffer dès lors que l’expression de cette exigence a un contenu de transformation.
Ce qui se passe en Europe tourne à la caricature. Ce n’est plus un fossé c’est un gouffre qui se creuse entre des dirigeants européens censés représenter leur peuple et ces mêmes peuples qui dès qu’on leur donne la possibilité, refusent le modèle ultra-libéral.
C’est le système de représentation qui est en crise partout dans le monde à des degrés divers bien entendu. Et cette crise appelle à la construction de nouveaux systèmes de représentation dans lesquels un partage des pouvoirs de décision doit se construire avec les peuples et les citoyens.
Lors de la rencontre mondiale que la région Rhône Alpes a organisé en décembre 2007 sur le thème : la démocratie participative du local au mondial pour quel développement ? » j’ai été….
J’ai été impressionné par le succès de participation internationale à cette initiative (notamment d’Afrique et de l’Amérique Latine) par l’ampleur de l’attente d’un débat et de désir de réponses à cette problématique : la démocratie participative c’est à dire la participation directe des citoyens et des peuples aux décisions et pas seulement localement, peut-elle peser sur les décisions, changer les politiques de développement, le cours de la mondialisation actuelle ?
Il y a une demande très forte de progressistes du monde entier pour se rencontrer, pas seulement pour raconter son expérience ou faire des constats mais pour construire ensemble des réponses adéquates là où il faut et comme il faut.
Quelques pistes pour nourrir notre combat en faveur d’une autre politique des migrations : avec la démocratie participative et la démocratisation et des institutions internationales, il faut développer l’idée des coopérations, contre la concurrence, dans la perspective d’une autre mondialisation.
Il y a beaucoup à faire pour développer les coopérations décentralisées entre les collectivités locales. Ce mouvement est nécessaire mais pas suffisant. Il faut faire monter l’exigence, y compris dans les discussions mutuelles que nous avons dans ces coopérations décentralisées qui sont un espace international précieux à cet égard, de coopérations nationales de projets d’intérêt réciproque nationaux ou multilatéraux, en rupture et en construction de nouvelles expériences humaines et solidaires.
Cela m’amène à dire un mot sur l’Union pour la Méditerranée. En pleine campagne électorale, le 7 février 2007, la candidat Nicolas SARKOZY lançait sont idée d’union méditerranée. Au départ prévue avec les pays d’Europe du Sud, ce projet est devenu, par une reprise en main de l’Union Européenne : « Processus de Barcelone : Union pour la méditerranée. »
Or, le processus de Barcelone lancé en 1995 est lui même un échec. Aussi bien en matière de politique de développement, réduite à une politique de libre échange, qu’en matière de politique de migration avec la création de l’agence militaire FRONTEX qui fait la police des mers et des frontières que de la trop fameuse directive de la honte. Sans parler de l’échec face au conflit israélo-palestinien. Une véritable union pour la méditerranée ne peut que passer par une nouvelle politique de développement, les accords de partenariat et d’échange (APE) entre l’union européenne et les pays ACP et par une nouvelle politique de migrations. De ce point de vue, je veux souligner le remarquable travail effectué par GUE (gauche unie européenne) qui s’est rendu sur place là où se produisent les drames humains, qui se bat au parlement européen en faveur des droits des migrants, qui vient de sortir un superbe document intitulé « Pour une Europe métissée, nos répliques face à l’hypocrisie de l’Union Européenne sur l’immigration ». Toutes ces coopérations doivent avoir pour objectif un développement humain, solidaire et écologique de la planète, notamment en préservant les biens communs de l’humanité qui sont l’eau, la nourriture, l’énergie, le logement, la santé, les transports, l’environnement. L’enjeu est clairement d’empêcher les spéculateurs et le capitalisme mondialisé de faire main basse sur ces biens, de favoriser la démocratie participative avec tous les hommes, les salariés, les citoyens organisés et non organisés, les élus, les syndicats, pour construire une maîtrise publique et citoyenne des ces biens communs, au service de coopérations régionales et nationales pour le développement.
Une nouvelle politique des migrations passe par une démocratisation des institutions et par la démocratie participative.
Je veux insister sur le fait que ce mouvement va de pair et que l’un ne s’oppose pas à l’autre.
Par exemple dans de nombreux pays, la démocratisation passe par la lutte en faveur du droit de vote, de son exercice, qui j’y insiste est concomitant avec la lutte pour de nouveaux droits d’initiative citoyenne.
En matière de droit de vote, la France n’a pas de leçon à donner, elle qui n’a toujours pas accordé le droit de vote à ses résidents étrangers qui contribuent pourtant à la vie économique, sociale, associative, culturelle, qui ont les « fameux » devoirs dont on parle tant mais pas les droits et singulièrement le droit de vote.