Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente, Cher-e-s collègues,
Quand, dans cet hémicycle, nous parlons logement, nous parlons crise. Récurrent, assommant sans doute : désespérant surtout, notamment pour les jeunes et les étudiants.
Passons le constat, connu et bien explicité par le rapport, pour en évoquer quelques conséquences. Et pas des moindres. Si rien n’est fait, nous nous préparons une situation sociale dramatique, avec des conséquences sur plusieurs décennies.
La pénurie de logements pour les jeunes et pour les étudiants est aujourd’hui dramatique pour l’autonomie des jeunes. Elle entretient un rapport de dépendance des jeunes, des étudiants envers leur famille. Avec à la clé, la reproduction, de génération en génération, des inégalités sociales ; à la clé, l’explosion de l’endettement des ménages, qui nous prépare de nouvelles crises aux conséquences sociales ravageuses type subprimes.
Elle est dramatique aussi pour la réussite des étudiants, des apprentis. Pour les jeunes aujourd’hui, le choix est entre rester chez leurs parents, au prix de leur autonomie et de temps de trajet souvent particulièrement élevés, ou prendre un logement aux prix démesurés et travailler pour en payer le loyer, avec les conséquences que l’on sait sur le décrochage.
Elle est dramatique enfin parce qu’elle conduit bien des jeunes à accepter des logements trop petits, insalubres, mal isolés. Au menu, précarité énergétique, risques pour la santé et pour leur sécurité, et une bulle spéculative qui fleurit : à Paris, un 9m2 se loue facilement à plus de 600, voire 700 € !
Les causes en sont connues. Je veux en citer trois. Le déficit de construction, avec un niveau de construction dramatiquement bas, et ce plus particulièrement pour le logement étudiant. La bulle spéculative, notamment à Paris et en petite couronne : l’envolée des prix est hallucinante, sans commune mesure avec les revenus… Une méfiance, voire un mépris, envers les jeunes : le rapport de force extrêmement défavorable aux locataires permet aux propriétaires d’imposer des conditions hallucinantes, et particulièrement aux jeunes.
Au fond, tout cela revient à un même constat : le marché est incapable de répondre à un enjeu de civilisation majeur : donner à tous les jeunes la possibilité d’accéder à un logement digne. Si le marché n’en est pas capable, alors sortons de ses griffes le secteur du logement : il y a urgence.
Vous connaissez notre attachement à la proposition de création d’un service public de l’habitat. En ce qui concerne le logement étudiant, il existe : ce sont les CROUS, regroupés au sein du CNOUS. Un opérateur public sans doute insuffisant, bien souvent malmené, aujourd’hui instrumentalisé : il nous faudra d’autant plus le défendre, l’investir, le faire avancer. Nous y reviendrons par nos amendements.
Pour sortir le logement des jeunes et des étudiants de la sphère marchande, on connaît la solution : construire infiniment plus de logements sociaux pour les jeunes et les étudiants.
L’avenant à la convention avec l’État que vous nous présentez, Mme la vice-présidente, va bien sûr dans le bon sens, en portant de 3000 à 4000 le nombre de logements étudiants financés par an. Soyons conscients qu’il est toujours gravement en deçà des besoins : c’est plus de 10 000 logements étudiants par an qu’il faudrait construire, alors que l’on stagne à 2500 par an. C’est dire à quel point nous avons besoin de davantage d’engagement de l’État comme des collectivités, d’une action foncière renforcée, de hausser le ton vis à vis des collectivités qui refusent aujourd’hui de faire leur part de l’effort.
Madame la vice-présidente, votre rapport le dit bien : le logement, ce n’est pas que des murs. Ce sont des habitants. Il ne suffit pas de penser au béton, il faut aussi penser leur parcours. À cet égard, l’entrée des jeunes dans le parc social est aujourd’hui un sujet décisif.
La délibération proposée ne manque pas de ce point de vue de bonnes idées. Je pense à l’aide à la colocation dans le parc social, à l’obligation de réserver 5% des logements sociaux aux jeunes, à la mobilisation du contingent régional de logement. L’intermédiation locative peut également constituer une bonne solution, en sortant les jeunes du tête à tête totalement déséquilibré avec les propriétaires. Nous serons cependant très attentifs à ce qu’elle ne nous amène pas à cautionner, voire à financer la bulle spéculative : le montant des loyers doit être strictement encadré, bien en dessous des prix du marché.
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