La classe dominante organise le développement des inégalités sociales par la division de l’enseignement supérieur en deux types d’établissements et filières : ceux réservés à la formation de la minorité nécessaire à sa pérennisation en tant que classe et ceux pour accueillir la grande majorité des élèves destinés à l’exploitation pour le maintien du socle de l’organisation des rapports de production du système capitaliste. Nous voulons opposer à l’assujettissement de l’organisation du supérieur aux impératifs de reproduction sociale et d’élitisme de la classe dominante, l’unification des établissements et filières au sein de l’Université et la démocratisation de celle-ci. Nous pensons que l’unification doit viser l’égalité en droit des étudiants et de nouvelles perspectives de progrès humain. La démocratisation doit contribuer à l’émancipation individuelle et collective de la classe dominée, une émancipation déterminée en dernière instance par le dépassement des rapports de production capitalistes.
L’éclatement statutaire actuel de l’enseignement supérieur (statuts des différentes universités et IUT, dont les disparités se renforcent avec la LRU, statut des IUFM, des classes préparatoires et STS intégrées aux lycées... ; statut des différentes filières aussi), entraîne de facto des inégalités entre les différents acteurs (entre étudiants et entre personnels). Ces inégalités se retrouvent notamment dans la diversité de niveau des frais d’inscriptions, du taux d’encadrement des élèves, des conditions de travail des personnels... Le développement de ces inégalités s’oppose aux principes du service public. Réaliser une unification des formations du supérieur au sein de l’Université signifie pour nous : assurer le caractère entièrement public de l’Université et maintenir les formations canoniques dans le privé sans subvention d’Etat ; développer dans l’ensemble des formations le lien entre Enseignement et Recherche ; prendre le meilleur des approches pédagogiques des cursus actuels ; harmoniser l’emploi public du supérieur dans un nouveau cadre statutaire protecteur ; assurer le développement du maillage territorial des universités ; regrouper toutes les formations sous l’égide du ministère de l’éducation nationale. Ces propositions ont un double objectif. D’une part, elles permettent de réaliser l’égalité en droit de tous les acteurs. Par exemple, le développement du maillage territorial contribue notamment à assurer à tous les étudiants une formation proche de leur lieu de vie et réduit par la même l’important cout du transport ; un cadre statutaire protecteur pour tous les salariés de l’Université assure quant à lui l’égalité devant le droit du travail. D’autre part, les objectifs définis offre de nouvelles perspectives de progrès humain. Par exemple, développer dans l’ensemble des formations le lien entre Enseignement et Recherche assure à tous un niveau de formation, de compréhension, de raisonnement, de capacité d’invention plus que jamais nécessaire au vu des besoins sociaux. Les étudiants communistes portent à terme l’objectif de constitution d’un service public unifié de l’Enseignement et de la Recherche, géré par des instances où les acteurs sont représentés à parité.
La refonte statutaire de l’enseignement supérieur contribue grandement à l’enjeu de la démocratisation mais ce n’est pas une réponse suffisante. Pour avoir une université réellement démocratisée, c’est à dire à laquelle chaque individu à accès mais surtout dans laquelle chaque individu peut atteindre ses propres ambitions de formation, il est nécessaire de repenser le financement des études dans leur ensemble.
Tout d’abord, afin d’assurer à tous l’accès aux études, nous pensons que l’enseignement supérieur doit être financé non pas individuellement, comme il tend à l’être, mais par l’impôt. En effet, l’éducation est un bien collectif, et la formation apportée aux étudiants bénéficie à l’ensemble de la société. Ce système de financement permettrait donc la gratuité totale de l’accès aux universités. Les dotations doivent être réalisées sur des critères objectifs de fonctionnement, par exemple le nombre d’étudiants, mais répondre également aux ambitions des universités dans le cadre du service public, par exemple en attribuant des financements pour des projets pédagogiques locaux.
De plus, partant du constat que l’étudiant est un jeune travailleur en formation, nous devons porter la mise en place d’une quatrième branche de la sécurité sociale, gérant l’intégralité des aides aux étudiants, que ce soit une aide directe comme une allocation de formation ou des aides indirectes sur le logement ou la santé. Nous pensons que cette branche de la sécurité sociale doit entièrement être financée par le patronat et les travailleurs, qu’ils soient actifs ou en formation. Elle serait donc financée en partie par les cotisations salariales, ce qui implique évidemment une augmentation du salaire brut en conséquence. Sa gestion s’effectuerait à parité entre les travailleurs et les étudiants.
Bien entendu, financer de telles réformes nécessite d’une part d’arrêter la logique de baisse globale des recettes de l’État (exonération des cotisations patronales en particulier) et d’autre part d’engager une réforme fiscale radicale afin de permettre à l’Etat de bénéficier des fonds nécessaires. Il est nécessaire de revoir l’impôt sur le revenu, en augmentant la progressivité de celui-ci et en taxant de manière plus importante les hauts revenus. De plus, on pourrait utiliser les profits des entreprises de manière plus importante, afin d’utiliser la plus-value, non pour enrichir une minorité, non pour contrôler des formations visant l’« employabilité », mais pour participer au financement d’une formation émancipatrice pour les futurs travailleurs. Les étudiants communistes visent en somme une réelle démocratisation d’une Université réinventée (comme espace unifiant les formations supérieures) par une réforme du financement des universités et par un statut social du travailleur en formation ambitieux.