Mouvement des jeunes communistes
étudiants en cité U : on a pas fini de faire parler de nous !

Résidences étudiantes insalubres : « Il faudrait tout abattre »

Alors que des étudiants sont en grève des loyers (voir article), les agents de maintenance de la résidence Galois rafraîchissent les blocs sanitaires.

Solution cache-misère ? La direction du Crous avance la réhabilitation de 300 à 500 logements par an.

« On va m’appeler le gratteur du CROUS ! » plaisante Joël Dumont, l’un des trois peintres en bâtiment attachés à la résidence universitaire Galois (cinq bâtiments de la Cité scientifique). C’est que, depuis un mois selon lui, il est chargé de donner un coup de jeune aux douches et toilettes des quatre bâtiments qui n’ont pas été rénovés.

Un effet de la grève des loyers entamée par 350 des 1 500 étudiants résidents à Galois et Camus (chiffre avancé par le représentant Feruf de Galois au conseil de résidences du Crous) ? Apparemment pas puisque celle-ci ne dure que depuis trois semaines. « Mais les plaintes d’étudiants s’accumulaient déjà », avance Patrice Ronsse, l’un des deux autres agents de maintenance de la résidence chargés des réparations, mais aussi délégué syndical CGT.

La directrice du Crous (centre régional des oeuvres universitaires et scolaires), Martine Muller, assure quant à elle ne pas avoir donné d’ordre dans ce sens. « Mais il est prévu au budget 2010 des crédits pour la réhabilitation des sanitaires et des mesures d’économies d’énergies », assure-t-elle. 100 000 E doivent ainsi être investis cette année dans un des cinq bâtiments Galois. « Il faut maintenant voir dans lequel porter notre effort », précise la directrice.

En attendant, Joël Dumont gratte, avant de passer un coup de peinture. Une tâche qu’il sait pourtant inutile : l’exemple n’est pas loin, à l’autre bout du couloir en fait. Là, un autre bloc sanitaire a été ravalé de cette façon, par une entreprise extérieure il y a un mois et demi précise l’ouvrier, et déjà la peinture s’écaille. « Le problème, c’est qu’il y a des infiltrations partout... soupire l’agent. Il faudrait tout abattre pour tout refaire. » Et dans les chambres ? « On met de la fibre de verre et de la peinture », explique Patrice Ronsse, l’un des deux autres agents de maintenance de la résidence chargés, eux, des réparations, mais aussi délégué syndical CGT. « Mais elles ne sont plus aux normes, il n’y a pas de VMC (ventilation mécanique contrôlée, ndlr) ni de double vitrage », poursuit-il.

« C’est vrai que l’Académie de Lille a eu durant longtemps du retard dans la réhabilitation de ses logements, reconnaît Martine Muller. Mais depuis 4 à 5 ans, grâce aux crédits régionaux et du Cnous (centre national des oeuvres universitaires et scolaires, ndlr), nous arrivons à réhabiliter entre 300 et 500 logements par an, l’essentiel à Villeneuve d’Ascq. »

Plan campus

La directrice régionale met ainsi en avant les réhabilitations déjà effectuées aux résidences Bachelard ou Boucher. Elle évoque aussi les avancées futures du plan campus : des logements neufs (une centaine au Pont de Bois et une première tranche de 250 logements à la Cité scientifique d’ici trois ans) et des réhabilitations supplémentaires (Une étude va être lancée pour la résidence Camus en 2010 et le bâtiment U doit être réhabilité pour 2011).

Quant à la grève des loyers, Martine Muller estime ne pas encore en avoir senti les effets. « Sur Camus, les rentrées de février se font sur le même rythme que les deux années précédentes. Mais on en saura plus après la clôture des comptes, le 5 mars », concède-t-elle. Elle explique aussi le mouvement par l’arrivée prochaine des élections des représentants étudiants au conseil d’administration du Crous (le 23 mars). « Les étudiants jouent leur rôle dans le cadre de la campagne », lâche-t-elle. Des étudiants qui dorment et se lavent dans des conditions tout de même précaires.

Des étudiants en guerre contre « l’insalubrité »

Depuis un mois, les étudiants résidents du Crous dénoncent les conditions dans lesquelles ils sont logés. À Lille 1, à l’initiative du syndicat étudiant Feruf, 350 d’entre eux ont décidé de suspendre le paiement de leur loyer. États des lieux avec Amine, élu au conseil de résidence.

Campus de l’université des sciences et techniques de Lille, résidence Galois, bâtiment D. Premier étage. Dans la salle d’eau commune aux quarante étudiants du palier, Amine Samih pointe du doigt le plafond moisi d’une douche. Les tuyaux, apparents dans la cabine, décrépis.

Et, en dessous d’une couche verdâtre-jaunâtre-marron, on devine les restes d’une ancienne peinture blanche. « Quand on arrive à se doucher, il y a des morceaux qui tombent. Ou alors, on récupère les gouttes de celui qui se lave à l’étage du dessus. » Membre du conseil de résidence, avant tout étudiant en master « économie et management », Amine a donc décidé, en signe de protestation et à l’appel du syndicat Feruf (Fédération des étudiants en résidence universitaire de France), de suspendre le paiement de son loyer au Crous, le Centre régional des oeuvres universitaires et sociales. « Sur les cinq bâtiments de la résidence Galois, un seul a été rénové. Les autres sont insalubres. »

Des étudiants qui ont le cafard

Comme lui, selon les chiffres de l’UEC (Union des étudiants communistes) qui a rejoint le mouvement de grève, 350 étudiants des résidences Galois et Camus (sur 1 500 au total) de Lille 1 auraient décidé de protester. Du moins, auraient aimé. Car Bachir, étranger logé depuis 4 ans à Galois également, a dû payer dès septembre ses neuf mois de location au Crous, faute de garant en France. « Depuis que je suis ici j’entends les plaintes des étudiants, et rien n’y fait. Il y a trois mois, le Crous a simplement fait repeindre deux des quatre douches du premier étage, mais ça s’écaille déjà avec l’humidité. » Marie, elle, voisine de couloir d’Amine, doit partir le mois prochain en stage, en Franche-Comté. « Heureusement parce qu’ici, les conditions ne sont vraiment pas idéales, regrette-t-elle. Il y a quelques jours, je me battais encore contre les cafards dans ma chambre. » Rebutée par l’aspect des douches collectives dès son arrivée à Lille 1, il y a deux ans, l’étudiante en histoire a adopté le système D : elle avoue « faire une toilette de chat au lavabo chaque matin » et profiter d’un bain le week-end, « quand (elle) rentre chez son copain ». « C’est dommage, dit-elle, le cadre de l’université est sympa, avec de la verdure... Mais les résidences ne donnent pas envie. » Avec Amine, elle insiste sur le fait que « les résidences ne sont pas sales, car les femmes de ménage font leur travail chaque jour, mais bien insalubres ».

Résidence Camus, Anthony, 20 ans, étudiant infirmier, ne donnera pas non plus son chèque au Crous à la fin du mois. « Il n’y a qu’une seule douche pour 20 au quatrième étage, car la deuxième est condamnée. L’eau est froide une fois sur deux, les WC cassés et pas remplacés, et en plus, il n’y a pas de double vitrage dans les chambres », déplore-t-il. Idem pour Amine, qui a dû installer un chauffage d’appoint dans sa chambre « traditionnelle » (9 m²) pour la nuit, et se plaint de la moisissure qui entoure ses fenêtres sans double vitrage.

Le maire alerté Emmenés par la Feruf, les étudiants pensent, en plus de la suspension du paiement des loyers, à déposer un recours auprès du tribunal administratif « pour insalubrité », précise Pierre Tribout, de l’UEC (voir notre édition de Lille métropole du 13/02) . « Nous avons contacté la direction du service d’hygiène et de la sécurité de la ville, et alerté le maire », rajoute Amine. Quant aux dirigeants du Crous (injoignables hier), « ils nous ont dit lors de leur visite que c’était une situation "acceptable" , affirme Amine. Hé bien je les défie de venir prendre une douche ici ou d’envoyer leurs enfants ».


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